Médias, création & nouvelles écrituresRSS
← Le carnet
/ Actualité

Le récit à embranchements, une interactivité qui s’écrit avant l’écran

Le récit à embranchements invite le lecteur à choisir son parcours. Pour que l’interactivité serve le sujet, les choix doivent apporter un point de vue ou une information réelle.

Un carnet ouvert et une tablette affichant un parcours numérique composé de plusieurs chemins.

Dans un récit numérique à choix, le lecteur ne suit pas seulement une histoire : il intervient dans son déroulement. Un bouton peut l’envoyer vers un autre témoignage, lui faire adopter un point de vue différent ou révéler une information plus tôt. Cette forme, souvent associée au jeu vidéo, intéresse aussi les médias et les créateurs qui cherchent à rendre un sujet plus exploratoire. Mais proposer plusieurs chemins ne suffit pas à créer une expérience signifiante. Tout dépend de ce que les choix racontent et de la manière dont ils s’intègrent à la ligne éditoriale.

La première étape consiste à déterminer ce qui mérite d’être parcouru plutôt que simplement lu. Un dossier sur les usages d’un service public pourrait, par exemple, suivre le trajet d’un usager, d’un agent ou d’un élu. Chaque parcours ferait apparaître des scènes et des enjeux distincts, sans prétendre résumer toutes les expériences possibles. Le format fonctionne alors comme une mise en perspective : le lecteur comprend qu’un même sujet peut être vécu depuis plusieurs positions. À l’inverse, si chaque option conduit au même contenu, l’interactivité ressemble à un détour décoratif. L’angle doit donc justifier la structure, et pas seulement lui servir de prétexte.

Dans un récit à embranchements, le choix du lecteur doit modifier au moins un aspect de son parcours. Cela ne signifie pas qu’il faut produire une multitude de fins. Une variation de point de vue, un ordre différent dans la découverte des faits ou l’accès à une explication complémentaire peuvent suffire. Imaginons un format consacré à la transformation d’un quartier : le lecteur choisit d’abord de suivre une commerçante ou un urbaniste. Les deux chemins donnent à voir des contraintes différentes, puis se rejoignent sur les décisions qui affectent les habitants. Le choix apporte une nuance, tandis que la convergence évite de fragmenter le récit en versions sans lien. Pour concevoir ce type de parcours, un schéma simple aide à repérer les bifurcations, les retours communs et les informations indispensables.

Des cartes vierges disposées en deux parcours qui se rejoignent sur une table de travail.
Dessiner les bifurcations aide à vérifier la cohérence du parcours.

Cette architecture a aussi un coût éditorial et technique. Chaque branche demande des textes cohérents, des transitions compréhensibles et des vérifications : une information importante ne doit pas rester cachée dans un chemin facultatif. Sur téléphone, les choix doivent être faciles à repérer et à activer, sans transformer la lecture en succession de menus. Il faut également penser aux personnes qui naviguent au clavier ou utilisent un lecteur d’écran. Des libellés explicites et un ordre logique rendent les options plus accessibles. Enfin, si les parcours diffèrent, les équipes doivent décider comment les mettre à jour ensemble lorsque le sujet évolue. Le format engage donc la production, la maintenance et la distribution, pas seulement l’écriture.

L’interactivité ne garantit pas davantage l’engagement qu’un autre format. Un grand nombre de clics peut signaler de la curiosité, mais ne dit pas à lui seul si le récit est compris ou si ses choix sont utiles. Les retours des lecteurs, les abandons à certaines étapes et la facilité à revenir sur ses pas donnent des indices, à interpréter avec prudence. Le récit à embranchements trouve sa place lorsque les perspectives multiples font partie du sujet et que le public gagne à les explorer. Dans les autres cas, un article linéaire peut mieux servir le propos. La forme n’est pas une fin : elle devient éditoriale quand chaque bifurcation éclaire réellement l’histoire.